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Notre nouveau projet ouvrira ses portes vendredi 12 mars !

Cependant avant que nous ne lançions notre grande vague de communication nous ...

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Allées et venues dans deux mondes inconnus... [PV][Terminé]

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Allées et venues dans deux mondes inconnus... [PV][Terminé]

Message par Kaa le Ven 24 Avr - 17:04

(Lendemain de mon mentor spirituel...)


Congé. Les Shinigamis de la Septième Division en charge des débutants m'avaient permis de recouvrer la santé. Il n'aurait pu en être autrement, de toute façon, étant donné l'état dans lequel je m'étais présenté à eux... Bon, j'avais un peu exagéré ma faiblesse, car la Quatrième avait bien fait son travail : mon flanc était en voie de guérison rapide, malgré les deux blessures que j'y avais reçu. Le Shinigami sauvage que j'avais combattu, et le Capitaine de la Dixième Division m'avaient donné du mal, mais grâce à eux tous, j'étais certain de vouloir et de pouvoir devenir plus fort. Cependant, le congé qu'on m'avait imposé présentait des inconvénients : ils ne voulaient pas me voir dans l'enceinte de l'Académie pendant au moins trois jours complets. Quelle poisse. Me consacrer à l'élevage des oiseaux n'était pas suffisant pour me distraire. Ce matin, j'avais mis à jour mon projet de cloche d'énergie pour que l'odeur de fientes ne sorte pas de l'espace réduit qu'occupait la cage. Les oiseaux s'entendaient bien et se remettaient rapidement du choc qu'avait engendré leur capture. Dés la semaine prochaine, leur entraînement commencerait. L'ami du vieux m'avait promis qu'il m'y aiderait. Il s'y connaissait plus que je l'avais espéré, dans l'élevage des volatiles.
Maintenant, j'avais du temps à tuer, et pour se faire, j'étais sorti de bonne heure pour flâner dans le Rukongaï, qui était à sa manière bien plus intéressant que le Seireitei. Suivant mes pas, je m'étais dirigé vers le quartier riche, dans lequel je n'avais pas mis les pieds, à l'exception de petites excursions en compagnie de Jirei, il y avait déjà plusieurs années. Jirei et ses jeux me manquaient, mais je ne pouvais pas décemment m'apitoyer sur son sort et sur le mien... Plutôt que d'aller vers la nostalgie que me feraient ressentir les lieux dans lesquels j'étais déjà allé, je prenais le chemin de lieux inconnus.
Le quartier riche était tout l'opposé du quartier pauvre : les habitants étaient vêtus de manière fastueuse, les étals étaient bourrés à craquer, dans la rue personne ne faisait la manche. Ils auraient bien été en peine de le faire, d'ailleurs, car des hommes armés, plus occupés de leur paye que de leur sens commun les délogeaient comme la peste. Oui, c'était un quartier beau, mais dans lequel planait un sentiment d'intolérance, et de vanité. Alors que dans le quartier pauvre, les gens allaient vers les autres pour se connaître, valorisant et faisant valoir ce qu'ils étaient, car ils n'avaient que ça, le quartier riche était un théâtre de discrimination et de jalousie. Les habits étaient des démonstrations de pouvoir, les achats une démonstration de prospérité, et les relations des démonstrations d'orgueil.
Ce spectacle me tirait des sourires amères. Penser qu'il pouvait exister des gens bien en ces lieux était hors de mes forces. Surtout à cause de l'attention dont j'étais la cible. La robe noir et le sabre à ma ceinture me classaient un rang au-dessus des nobles. J'avais un pouvoir supplémentaire, quoique totalement factice. C'était juste dans les moeurs. Et ce pouvoir, tous ces gens le voulaient pour eux. L'on m'offrait, de-ci de-là des babioles et des fruits afin de s'attirer des bonnes grâces, l'on me congratulait des mes servies rendus à la Soul Society, et l'on glissait dans des conversations bénigne des noms auxquels me référer... Pour que je ne les oublie pas. Je ne souhaitais rien de cela, pire, ça m'énervait. Toutes ces belles choses exposées pour le prestige d'une personne plutôt que pour l'appréciation subjective et anonyme du peuple... Ca me donnait envie de tout détruire. Mais je n'avais ni l'autorité ni l'envie de montrer mon désaccord avec ces méthodes.
Au bout d'un temps relativement court, qui m'avait paru des heures, je pris un détour pour m'enfoncer dans une partie plus déserte de ce quartier d'intéressés. Il y avait un parc, à proximité, où personne ne se promenait. En effet, quel était l'intérêt d'exposer son rang et sa fortune, dans un lieux où la civilisation ne pouvait pas les voir ? Ma bouche se tordit en un rictus. A force de penser ainsi, je ne pourrais plus mettre un pied dans le coin. Le Mal ne devait pourtant pas être omniprésent, si ?
Sur mon chemin, un attroupement surexcité me barra la route. Les hommes comme les femmes regardaient une scène qui m'était invisible avec délectation. Un spectacle ? Je me frayais un chemin sans avoir besoin de jouer des coudes, car ceux qui voyaient mon accoutrement s'écartaient d'eux-même. Et enfin, je le vis.
Un gamin, qui avait l'air d'avoir une dizaine d'années derrière lui se débattait entre les mains de deux hommes armés qui riaient en se moquant de lui, et en lui collant à l'occasion des coups au corps. Le gosse cependant ne pleurait pas, ne montrait pas qu'il souffrait. Son visage se contractait sous la violence des coups, mais pas un gémissement ne sortait de son gosier. Il gardait la tête haute, et un air de défis sur la face. Quand je vis ses vêtements, je me reconnus en lui. Il venait sans doute du quartier pauvre.
Regarder m'insupportait, aussi, j'avançais au travers de la foule de spectateurs droit dans sa direction. Le silence se fit, peu à peu, et fut définitif lorsque je franchis la dernière ligne des voyeurs pour me retrouver au centre du cercle, devant le garçon et ses agresseurs. Les yeux n'étaient tournés que vers moi, et je vis dans ceux du petit une lueur apeurée. Gardant un visage de marbre, je m'adressais aux hommes armés :


"Qu'a-t-il fait ?
-Il... a dérobé de la nourriture, monsieur.
-Quelle est la peine associée à cet acte ?
-Un avertissement, je... pense.
-Mais il m'a aussi donné un coup de pied dans le tibias, monsieur
, intervint le second.
-Ah, très bien. Cela mérite qu'on lui rende les coups qu'il donne, vous êtes d'accord ?
-Oui, monsieur,
répondirent-ils ensemble, soulagés que je sois de leur côté.
-Cependant, repris-je, vous ne lui avez pas rendu que ses coups. Vous l'avez aussi frappé gratuitement. Je me trompe ?
-Mais...
-A genoux !"


Ils avaient commis une erreur monumentale : celle de se détendre en pensant qu'il faisaient ce qu'il fallait. S'ils avaient à un moment regretté d'avoir frappé le gosse, ou s'ils s'en étaient excusé, je me serais personnellement occupé d'eux. Ce n'était pas le cas. Après mon intervention, ils avaient clairement pensé que ce qu'ils infligeaient à leur victime était légitime. J'étais hors de moi. Cependant, je conservais un air froid. Devant mon injonction, ils tombèrent à genoux. Que le pouvoir de la robe noire était satisfaisant, parfois. Le petit me regardait, mi-apeuré, mi-incrédule, et je m'adressais directement à lui.

"Frappe-les. Tu as droit à dix coups pour chacun d'entre eux."

J'observais son visage changer de couleur. Il devint blanc. La peur. Il savait qu'il courrait au devant de graves ennuis, s'il se vengeait. Néanmoins, je le rassurais :

"Ne t'inquiète pas. S'ils protestent, viens me trouver dans le Seireitei. Je m'occuperai personnellement de leur cas."

Cependant, il ne les regarda même pas. Il secoua la tête, et me dit, d'une voix où perçait la timidité :

"Je ne veux pas les frapper."

Mes yeux s'ouvrirent en grand. Ce n'était pas de la peur. C'était de la bonté. Il y avait un être bon, dans le quartier riche. Et comble de l'ironie, c'était un enfant du quartier pauvre. Je jetais un oeil vers les deux hommes qui ne comprenaient pas. Je souris méchamment. Voyez, un être bon, et apprenez de lui, pensais-je. Je reportais mon regard sur le garçon, et lui donnais tout ce que l'on m'avait offert par cupidité.

"En compensation, prends ça."

Puis, je tournais les talons, et repris la direction du parc. Cet épisode de ma journée m'avait rendu joyeux. Peut-être que les spectateurs comprendraient grâce à ce gamin une manière de penser qui émouvait le coeur des autres. Et peut-être pas... Cependant, il suffisait d'une personne. Une seule...

Spoiler:

Repos : Récupération d'1/2 PV.


Dernière édition par Kaa le Lun 31 Aoû - 15:44, édité 1 fois

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Re: Allées et venues dans deux mondes inconnus... [PV][Terminé]

Message par Kaa le Ven 24 Avr - 19:13

Quelques minutes plus tard, j'étais dans ce parc, occupé à me remémorer la scène. Bien qu'enthousiaste quant à la bonté qu'avait montré le gamin, je ne pouvais m'empêcher de me demander s'il avait été sincère. Après tout, dans cette situation, aurais-je pu frapper un de ces hommes ? Sans prendre en compte le fait que j'aurais pu les haïr, et qu'ils étaient à ma merci, si un Shinigami m'avait observé comme je l'avais fait, je n'aurais sûrement pas osé. Les Shinigamis aussi ont cette part de vanité et d'égoïsme. On peut le remarquer rien qu'en notant l'usage qu'ils font de leur supériorité, et leur habitude de prendre des décisions sans en référer à autrui.
Peut-être étais-je moi-même une mauvaise personne. J'avais interféré dans une scène qui ne me concernait pas, et avais condamné de mon propre chef les deux hommes, même s'ils étaient clairement en faute, ainsi que les idéaux des gens de cette société de pouvoir. Je soupirais. On était toujours l'ennemi de quelqu'un, n'est-ce pas ? Si selon mes idéaux j'étais une incarnation du bien, pour ces gens, j'étais une personne qui agissait comme un tyran, les privant de leur supériorité. Je me pris la tête entre les mains. C'était décousu. Même en essayant, je ne parvenais pas à me considérer comme mauvais. Définitivement, c'étaient tous ces gens qui étaient le Mal.
Je me jetais en arrière, contre le dossier de mon banc, et pris mon Zampakuto sur mes genoux. Je n'étais pas venu ici pour réfléchir aux sentiments et aux idéaux du monde. Je devais me consacrer à mon sabre et m'entraîner à le comprendre. Le comprendre, l'entendre, l'utiliser, pouvoir être en symbiose avec lui. Mais j'avais beau me concentrer, je ne l'entendais pas. Je regardais le fourreau qui le scellait. Je ne l'avais sorti qu'une seule fois, et ç'avait été pour subir la plus grande défaite de ma vie. A présent, je comptais remporter une victoire. Celle qui réunirait nos deux âmes. J'avais le temps. Trois jours entiers.
Je me concentrais une nouvelle fois sur lui, fronçant les sourcils en le regardant. Hakkyou, mon sabre, réponds-moi... Je ne t'entends pas, je ne conçois pas le simple fait de t'entendre. Je crois que jamais je n'y parviendrais, et pourtant, c'est une chose si simple que n'importe quel Shinigami arrive à faire... Sauf moi.
Le temps passa, mais rien n'y fit. Je n'entendis pas de voix, ni ne sentis de présence. Pourtant, j'essayais. Je ne comprenais pas... Je devais mal m'y prendre... Mal m'y prendre ? Une idée germa dans mon esprit. Le porteur d'un sabre et le sabre lui-même partageaient d'une certaine manière les mêmes pensées. Alors, afin de pouvoir l'entendre, je devais peut-être me tourner vers moi ?
Il me fallait essayer... Je fermais les yeux, et me tournais vers moi, et uniquement vers moi. La caresse du vent, les cris des oiseaux, la sensation d'être assis sur un banc, tout disparut. Il n'y avait plus que moi, au centre du monde. Non, au centre d'un monde. Un autre monde que je n'avais jamais perçu auparavant. J'étais dans le noir. Dans le néant. Et pourtant, même s'il n'y avait rien autour de moi, je n'étais pas seul. J'ouvris les yeux, et toute la noirceur disparut, le silence s'envola, et je me retrouvais ailleurs. Dans une pièce qui sentait l'alcool et la débauche. Une salle curieusement familière, dans laquelle trônaient des tables, des sièges, et un bar derrière lequel je devinais différentes boissons.
Il n'y avait personne, cependant. Et même si j'avais parcouru de nombreux pubs miteux dans le genre, lors de ma vie au Rukongaï, celui-ci n'était semblable à aucun.
J'étais assis sur une chaise, face au comptoir, dans un coin non loin de la porte d'entrée. Rien ne bougeait, et pourtant je n'étais pas seul. Pas un bruit, et pourtant, pas de silence. Une sensation étrange me prit, comme si cet endroit était une partie de moi, et je sentis que c'était effectivement le cas.
Soudain, la porte fut poussée, et quelqu'un entra d'un pas agile. Je ne vis pas son visage, et il ne se tourna pas vers moi. Il marchait simplement vers le centre de la pièce, et s'y arrêta. Il posa les mains sur ses hanches, et soupira, avant de dire d'une voix éraillée :


"Quel bordel, ici. Il pense trop..."

L'homme, vêtu d'une longue robe blanche qui semblait repousser la poussière sans s'en recouvrir, malgré son avancée sur le sol jonché du débris, jeta un regard circulaire dans la pièce en commençant à ramasser les tabourets pour les remettre sur leurs pieds. Je n'intervins pas, attendant simplement qu'il me remarque, gardant une main posée sur la garde du sabre à ma ceinture.
Soudain, il me vit, et sourit, l'air émerveillé. Ma main se contracta. Il était effrayant. Si son visage pouvait paraître beau, il le gâchait avec du maquillage. Sa peau était blanche, le tour de ses yeux était noir, et celui de sa bouche était rouge. D'ailleurs, ce rouge s'étirait sur ses traits en un sourire permanent. Il portait un chapeau blanc, haut-de-forme, et le saisit d'ailleurs pour faire une révérence, libérant ses cheveux longs qui tombèrent en cascade jusqu'au sol. Je ne bougeais pas, et quand il se releva, il me parla.


"Tu es enfin arrivé. T'en auras mis, du temps.
-Qui êtes vous ?
-Tu me connais, Kaa. Enfin, tu me connais mal, mais tu me connais. Je me présente : je suis Hakkyou, Zampakuto de Kaa Zigu. Et pour la première fois, je te vois en chair et en os chez toi. Pourquoi tu ne rentres jamais à la maison, hein, garnement ?"


La maison, comme il l'appelait, devait être cette dimension étrange dans laquelle l'écoulement du temps et le monde extérieur ne comptait plus. Et cet homme, à la fois si distingué, et si ridicule était mon Sabre, Hakkyou. J'étais enfin en contact direct avec lui. J'essayais de sourire, et de me lever, mais il s'avança et me plaqua sur ma chaise d'une main sur l'épaule. Il s'assit sur le bord de la table, et croisa nonchalamment les jambes, m toisant.

"T'as une mine horrible, mon p'tit gars. Il était grand temps que je te trouve. Tu vois cette salle ? C'est ton esprit, et elle est bien trop souvent en bordel. Tout ça pour quoi ? Parce que tu te prends la tête avec des conneries qui te concernent pas. Fais comme moi, souris, ajouta-t-il en montrant son sourire de clown. Souris et tu verras que ça ira bien mieux. Et j'aurais plus à ranger cette pièce."

Ce qu'il disais était décousu, et sans réel sens, mais je souris malgré moi, face à son franc parler et à son apparence de fou. Il avait quelque chose qui insufflait confiance, et j'en étais persuadé, il était mon Zampakuto. Enfin, je parlais à mon tour.

"Dis-moi, pourquoi je ne t'entendais pas, avant aujourd'hui ?
-Pourquoi ? Parce que tu ne me voyais pas, tu ne me connaissais pas, tu ne savais rien de moi. Maintenant tu sais. Tu sais où me trouver, qui je suis vraiment, et comment je vis. Si tu penses à moi, je pourrais te parler, dorénavant. C'est pas fantastique ?
-Si, je suppose...
-Quel pessimisme ! N'es-tu pas heureux de me voir, jeune insolent ?
-Si, Hakkyou, si. Maintenant que je perçois, je pense savoir ce que tu aimerais faire, et ce que je peux faire avec toi. C'est comme si des portes de mon imagination s'étaient ouvertes dans mon esprit...
-Erreur. C'est parce qu'enfin, tu fais équipe avec moi. Nos deux entités sont désormais la même. Nous sommes une équipe. Je vais sans cesse te dire quoi faire de ta lame, et tu réaliseras ma pensée de manière réelle. C'est ça, l'alliance d'un Zampakuto et de son Shinigami."


Je hochais la tête. J'étais heureux de comprendre, et de voir l'infini de possibilités qui s'ouvraient à moi. Il tendit la main, et je fis de même. Une équipe. Nous allions progresser ensemble.
Soudain, quelque chose se brisa, et le monde commença à disparaître, tout autour de moi. Je sentis Hakkyou m'intimer de me calmer et me dire que tout allait bien. Je me retrouvais à nouveau enveloppé de ténèbres, et enfin, le monde réel revint à mes yeux, quand je les rouvris. J'eus un sursaut. Une jeune fille me faisait face, un air accusateur sur le visage. Les conséquences de mon action avec le gosse ? Les ennuis commençaient...


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Re: Allées et venues dans deux mondes inconnus... [PV][Terminé]

Message par Kaa le Dim 26 Avr - 16:59

La fille me regardait de haut, les mains posées sur les hanches, un air satisfait sur le visage. Le genre d'air qui filait la chair de poule. Sortant tout juste de cet état de semi-conscience, je ne pus que la regarder de haut en bas, reprenant des réflexes d'observation propres à un esprit entraîné au combat. Ses longs cheveux soyeux étaient noirs, magnifiques, en fait, comparés à ceux de la manifestation d'Hakkyou que je venais de voir. Elle avait un beau visage, et la soie légère de sa longue robe noire laissait deviner ses courbes parfaites. Je pouvais dire sans prendre de risque qu'elle était née et résidait dans le quartier riche.
Me rendant compte que j'étais carrément affalé sur mon banc, je me redressais lentement, et portais sur elle un regard interrogatif. C'est pas parce qu'elle était jolie que j'allais prendre mes aises, bien au contraire. Voyant la question dans mon regard, elle sourit largement et s'approcha de moi, en disant :


"C'était toi, tout à l'heure, dans l'attroupement."

Je soupirais. C'était prévisible. En fait, tout le Rukongaï devait en parler, car il était rare qu'un Shinigami se conduise de la sorte. Après tout, la majorité d'entre nous venait du quartier riche. J'acquiesçais du chef, en prenant une mine lasse. Si c'était pour me faire part de ses idéaux concernant la supériorité des riches quant aux lois qui régissaient les pauvres, j'en avais rien à faire, d'autant plus qu'y penser commençait déjà à m'énerver. Mais elle n'y fit pas attention, contrairement à ce à quoi je m'attendais. Généralement, quand un Shinigami avait l'air ennuyé par un sujet de discussion, on s'empressait d'en changer. Mais pas elle.

"Je suis contente de t'avoir retrouvé. Je m'appelle Raya de la famille des Whazu, et les deux armoires à glace que tu as tourné en ridicule sont des serviteurs de la famille. Tu es conscient que ce que tu as fait mériterait que l'on se plaigne à ton sujet ? Comment tu t'appelles ?"

Elle avait du culot, cette fille. A vue de nez, elle était mon ainée de quelques années, mais rien n'était moins sûr, ici. Mais elle m'intéressait de plus en plus. Demander son nom à un Shinigami après moins d'une minute de conversation méritait de surprendre et de m'intriguer. Jusqu'où pouvait-elle aller, dans l'audace, sans se soucier de l'honneur de sa famille et du regard que j'y porterai ? Je souris légèrement à mon tour, et pris la parole :

"Kaa, c'est mon nom. Tu voudrais te plaindre de moi ? Et quoi, je serais rétrogradé ? Si tu veux savoir, y a pas moins gradé que moi, dans le Seireitei... Pour l'instant, du moins."

Elle finit par s'asseoir à mes côtés, et regarda le ciel, passant ses bras derrière le dossier du banc, dans une position inhabituelle, pour une fille de famille riche. Je n'avais pas entendu parler de sa famille, et j'aurais déjà grande peine à me rappeler le nom qu'elle avait prononcé quelques instants plus tôt. Cependant, le fait qu'elle le prononce, sa toilette soignée, et la possession de deux gorilles aussi imbus d'eux-même témoignait d'une importance considérable. Elle répondit sans me regarder, de manière songeuse.

"Moi, je ne me plaindrais pas. Bien qu'ayant assisté à la scène, et ayant autorité pour le faire, je n'ai pas envie de me plaindre. Ils n'ont eu que ce qu'ils méritaient... En fait, j'aurais voulu les arrêter moi-même mais je n'ai rien fait... Je ne sais pas pourquoi...
-Moi je sais. La peur d'être compromis par les pensées des autres. Tout le monde était heureux de pouvoir voir un gamin faiblard se faire malmener et expier des actes dans la démesure. Qu'auraient-ils pensé, si une noble s'interposait ? "Qu'elle se taise." "Qu'elle s'écarte." "Quelle idiote." Des pensées égoïstes qui naissent du pouvoir et d'une prétendue supériorité..."


Elle me regarda, et sourit tristement. Entendre à voix haute ce que les gens auraient pu penser tout bas la bouleversait. J'étais peut-être allé trop loin...

"Mais toi, Kaa, tu es intervenu. Tu les a arrêté et tu les as punis. Pourquoi ?
-Parce que c'était..."


J'avais failli dire que c'était ce qu'il y avait à faire... Cependant, c'était mon point de vue, qui était différent des dizaines d'autres qui avaient assisté à la scène. J'hésitais, et repris :

"Parce que ça me faisait chier, de voir ça. Répondre par la violence aux petits méfaits des gosses en fait des êtres perfides et avides de vengeance. C'est ce que je crois.
-T'es un justicier, hein ?
-La justice n'existe pas. L'égoïsme des Hommes fait de leurs pensées des manières différentes de donner un sens au mot de Justice. Il y a autant de Justice qu'il y a d'Hommes."


Elle sourit plus franchement et joyeusement, et je répondis à ce sourire.

"Tu es un garçon intéressant.
-Je suppose que tu n'es pas venue me voir pour parler de ça ?
-Non, en effet. Je voulais savoir comment était l'homme qui se cache sous le masque de Dieu de la Mort."


Ceci expliquait cela. Je me dévoilais, et elle faisait de même, rejetant toute forme de fierté due à la richesse et au pouvoir. J'eus un rire amusé, et je me levais. Elle fit de même, et nous nous fîmes face.

"Satisfaite ?
-Satisfaite. Je dois partir. On se reverra, tu crois ?
-J'en doute. Je ne pense pas revenir dans le quartier riche avant d'avoir une bonne raison de le faire."


Elle prit un air boudeur qui me fit sourire. Je lui fis une révérence aussi gracieuse que celles d'Hakkyou, l'accusant mentalement de m'influencer, et sentant son rire dans mon esprit. Quand je me relevais, elle se jeta à mon cou, et posa ses lèvres sur ma joue. Elle tourna ensuite vivement les talons, et s'éloigna, en me disant, par-dessus son épaule :

"C'est une assez bonne raison, non ?"

Je ne répondis pas, portant machinalement une main à ma joue. Elle m'avait bien eu. Je soupirais... Peut-être pourrais-je revenir demain ? Après tout, il me restait deux jours de repos... Je rentrais au Seireitei par des Shunpos plus rapides qu'à l'ordinaire, une nouvelle énergie animant mon corps. C'avait été une bonne journée... Hakkyou se moqua de moi pendant tout le chemin du retour, et je l'insultais copieusement. Une bonne journée...



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Re: Allées et venues dans deux mondes inconnus... [PV][Terminé]

Message par Kaa le Lun 11 Mai - 20:54

J'y étais finalement retourné. Quelle pitié. Hakkyou n'avait pas manqué de me rappeler à quel point j'étais lamentable, et je ne pouvais qu'être d'accord avec lui. Mais mon coeur s'était affolé, la veille, et il me donnait des ordres pour pouvoir ressentir cette passion à nouveau. Vivant ou mort, Shinigami, roturier, bourgeois, l'Homme était corruptible par nature. Les yeux doux d'une femme suffisait à arracher toute détermination de mon esprit comme de la mauvaise herbe. Faiblesse d'esprit ou pas, ça m'énervait.

Il est encore temps de faire demi-tour, gamin.
-A quoi bon ? Je suis déjà arrivé.
-Alors fais le mort.
-T'as des idées stupides, parfois.


Je souris. Hakkyou méritait bien son nom. La démence à l'état pure. Mais c'était ce qu'il y avait de plus séduisant, en lui. Cette pensée inqualifiable, inhumaine, totalement détachée de tout ce qui compose la pensée normale. Il me faudrait essayer de comprendre ses critères d'opinions, dans le futur, pour savoir comment il pensait. Mais j'avais le temps, et autre chose à faire, aujourd'hui.
Le parc n'était pas différent de la veille. A cette heure de la journée, c'était l'endroit idéal pour entreprendre une promenade digestive. Aussi, pus-je y croiser bien plus de monde que lors de ma précédente visite. Regards effacés et curieux étaient mon lot. C'était plus aisément supportable que l'hypocrisie de la veille. Les gens imbus de pouvoir et d'autorité n'avaient que faire de se promener. Les personnes que je croisais étaient sans doute les plus respectables du quartier riche.
Le banc sur laquelle j'avais fait la rencontre de Raya était au bout du chemin que je foulais. Je ne pouvais pas encore le voir, à cause d'un virage lointain, mais je savais qu'elle m'y attendait. Le matin même, j'avais feuilleté un vieil ouvrage à l'académie qui expliquait les rudiments d'un sort simple et utile que j'avais voulu essayer. Kakushi Tsuijaku. A l'entrée du parc, j'avais tracé le cadran qui était nécessaire à l'utilisation, de mémoire, et j'avais su que la jeune fille était déjà sur le banc.
J'avais donc consacré mes pensées durant ma traversée du parc à une idée d'entrée en scène amusante ou surprenante. Maintenant, j'étais à quelques secondes d'entrer dans son champ de vision, et j'avais toujours pas eu d'idée intéressante.

Fais le mort, te dis-je !

Non, c'était tout sauf amusant. Je soupirais. J'allais simplement apparaitre et faire coucou de la main. Inexorablement, le virage se rapprochait, et l'abattement s'emparait de moi. Avant le dernier mètre, je m'arrêtais, mettant tout mon esprit à la recherche d'une idée.

J'ai une idée, moi.
-Si c'est de faire le mort, tu peux oublier !
-Non, non, c'est...





Si je me pliais aux petits plaisirs de mon Zampakuto, c'était uniquement parce que je n'avais pas d'idée plus originale. Je passais le virage, et je vis, comme nous nous y attendions, Raya, sur le banc de la veille, occupée à coudre un truc que, du fait de la distance, je ne pus distinguer. Mes mouvements attirèrent son regard, et elle sourit. Mon visage resta de marbre. Il n'était pas question de sourire. Je tendis une main dans sa direction, et prononçais en silence un mot :


"Sai."

Le sort était jeté. Le fil de Reiatsu parcourut rapidement la faible distance et la ligota. Compte tenu de sa faiblesse spirituelle, il était exclu qu'elle s'échappe de ce sort. Elle eut un regard étonné, en constatant l'emprisonnement de ses membres. Je continuais d'approcher, inexorablement, conservant un air de neutralité absolue. Finalement, je me plantais en face d'elle, et la détaillais. Ce jour, elle portait à nouveau une robe noire, qui faillit me faire perdre de vue mes objectifs. J'étais définitivement fou de ses robes noires, propres à me faire perdre la tête.

"Kaa ? Que se passe-t-il ?"

Cette voix... Tout en elle finirait par me perdre, en fin de compte. D'un mouvement rapide, je l'empoignais par la taille, et la mis sur mon épaule. La seconde suivante, je n'étais plus là, et le cadran à l'entrée du parc s'affola, puis disparut, ne localisant plus sa cible dans le quartier riche.





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Re: Allées et venues dans deux mondes inconnus... [PV][Terminé]

Message par Kaa le Mer 13 Mai - 10:12

Le quartier riche était organisé autour d'une grande rue, sur laquelle nombre de bourgeois soucieux de leur image venaient afficher l'étendue de leurs biens, et les étendre encore, car la rue était bordée de commerces luxueux. La rue s'étire sur plusieurs kilomètres, joignant nord et sud. Le parc était proche de la limite nord de la rue. Avec la limite nord de cette rue finissait brutalement l'étendue du quartier riche, laissant la place à un territoire vierge d'habitation, sorte d'étrange bout du monde. Mais ce n'était qu'une apparence. Même si le territoire n'appartenait à personne, des structures humaines y tenaient place, servant d'habitations à des ermites.
Si l'on marchait droit vers le nord, on traversait le paysage paisible, et on tombait sur le chaos : un village d'âmes particulièrement rebelles. Une sorte de quartier riche, où l'argent était gagné par le sang. Mais mon intention n'était pas d'aller là-bas. J'avais découvert pendant ma vie passée au Rukongaï que l'une des cabanes dans ce territoire désertique était inhabitée. Ce fut donc l'endroit que je choisis pour nous faire réapparaître. C'était du plus bel effet : toiles d'araignées, obscurité et moisissure. Pas de cadavre, ç'aurait sans doute été trop.
Raya porta sur moi un regard effrayé qui me fit réprimer un sourire. Il ne fallait pas que je craque avant d'avoir annoncé la chute, et maintenant que le plus dur était fait, je ne devais pas me laisser aller.


"L'on ne t'a jamais dit de ne pas faire confiance aux inconnus ?"

Elle ne répondit pas à ma question sinistre et ironique. Elle voyait certainement déjà où je voulais en venir. Du moins, ses yeux qui s'agrandissaient me suggérait qu'elle comprenait ce qui lui arrivait.

Mon idée valait le coup, rien que pour voir ça, hein ?
-Bien plus que de faire le mort, en tout cas.
-Impertinent. Je vais t'enseigner quelque chose, maintenant. Regarde son visage. Observe la peur qui y trône. Elle t'enchante, n'est-ce pas ? Eh bien assure-toi de ne jamais montrer de visage à tes ennemis. S'ils aiment ton expression, ils auront déjà une victoire sur nous.
-Que dois-je faire, si j'ai peur, dans ce cas ?
-Tu montres les crocs et tu repars au casse-pipe. Tu oublieras la peur par la douleur ou par la victoire.


C'était, même si je ne voulais pas l'admettre à voix haute, un argument valable. Avoir peur signifiait hésiter, et hésiter signifiait perdre, voir mourir. Donc, pour se sortir de la peur, il fallait bouger et attaquer continuellement jusqu'à ce que la peur cède sa place à l'adrénaline.
En effet, le visage de la jeune fille était couvert par la peur. Je pris son visage entre mes doigts, et l'approchais du mien pour la scruter, un sourire cruel plaqué sur les traits.


"On te l'a sûrement enseigné. Pour que ce genre de situation soit évitée."

Je relâchais son visage, repérant des signes avants-coureur qui indiquaient qu'elle avait l'intention de me cacher au visage. Elle avait du courage, et si elle avait agit plus rapidement, mon masque serait sûrement tombé. Je m'accroupis en face d'elle, dans la pénombre, m'alliant si bien avec cette-dernière grâce à ma robe noire.

"Maintenant, je pense que l'heure de la vengeance a sonné. Il y a un temps, un membre de la famille des Whazu m'a volé quelque chose d'important. Il est maintenant temps de réclamer mon dû.
-Je n'ai pas d'argent."


Un choix difficile s'interposa. En temps normal, j'aurais répondu quelque chose du genre "ton père en a, lui". Cependant, je n'étais pas au courant du tout de la situation financière des Whazu, et une seule erreur rendrait ma mascarade bancale. Dans la pénombre, je fis une grimace qui passa inaperçu, et pris la parole, feignant un soupire.

"Je ne veux pas d'argent.
-Quoi, alors ? Mon corps ?"


Un rire nerveux m'échappa. Elle avait sans doute des nerfs plus solides que les miens, puisqu'elle parvenait à garder une telle insolence face à une situation si dangereuse.

"Je pourrais te prendre au mot..."

Je me levais et approchais, parfaitement conscient que si je faisais un pas de trop, je ne tarderais pas à me retrouvé plié en deux, mes parties génitales en travers de ma gorge. Rien d'enviable, donc. Une intuition me prit :

Ca va trop loin, non ?
-Ne t'inquiètes pas. Elle mettra peut-être une journée entière à s'en remettre, mais elle finira par oublier.


Je hochais mentalement la tête, vouant une confiance aveugle à Hakkyou. J'étais allé trop loin pour faire marche arrière. Je me déplaçais rapidement, entourant ses jambes d'un nouveau Bakudô. Le premier tenait bon, mais n'empêchait pas un coup de pieds. Je me retrouvais finalement à nouveau face à elle. Il était temps d'en finir.


"Seulement, ce n'est pas cela non plus, que je veux. Non, je veux simplement récupérer ce que tu m'as volé."

Son visage afficha une incompréhension qui disait : "je ne me souviens pas t'avoir dérobé quoi que ce soit." Je souris néanmoins et repris la parole.

"Souviens-toi... Tu m'as volé un baiser. Permets que je le récupère."

Elle était paralysée par la stupeur, aussi en profitais-je pour poser délicatement mes lèvres sur sa joue. Enfin, la mascarade était terminée. Je pouvais enfin sourire joyeusement, ce que je fis, sans me préoccuper de son air mi surpris, mi belliqueux. Je m'éloignais d'elle, et m'assis sur une paillasse dans un coin de la pièce, et la libérais de ses liens invisibles.

"C'était pas mon idée."

Espèce de menteur !





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Re: Allées et venues dans deux mondes inconnus... [PV][Terminé]

Message par Kaa le Lun 18 Mai - 20:50

Malgré mon visage souriant, une question hantait mon esprit. Comment allait-elle réagir à cette blague de mauvais goût ? Je n'en savais rien. Je ne pouvais que faire une estimation selon les critères que je lui connaissais, et ils n'étaient pas bien nombreux. Elle m'avait semblé avoir de l'humour, mais tout l'humour du monde ne suffisait pas pour simplement rigoler à une telle mascarade. C'était la définition d'une mauvaise blague, en fait. Ce que je craignais le plus, c'était un comportement typique des enfants élevés dans la richesse, et auxquels rien n'avait jamais montré un visage menaçant ou allant à l'encontre de leur volonté. J'avais fait les deux, aujourd'hui, et c'était précisément ce pourquoi j'avais accepté l'idée farfelue d'Hakkyou. Couper avec les habitudes d'une personne était bien souvent ce qu'il y avait de plus amusant. Menacer, avec une conviction feinte une personne ayant le pouvoir de réduire à néant n'importe qui, un Capitaine de Division, par exemple, dans ma situation, était ce qu'il y avait de mieux pour voir un visage surpris dans une pleine mesure. Et en même temps que la surprise, l'amusement naissait.
Dans le cas présent, j'avais presque instauré la terreur dans un esprit qui n'avait probablement jamais enduré la peur, à force de vivre couvé dans l'or et la protection rapprochée de gardes personnels. L'amusement qui naissait d'une telle terreur était réel, mais la réaction suivant la tombée du masque était difficile à prévoir.

Ca fait aussi parti du jeu.
-Qu'est-ce que t'en penses ?
-Avec la détente soudaine, je dirais qu'elle va pleurer.


Hakkyou était sans pitié pour l'humain. Pourtant, ses estimations étaient correctes. Il était facile, même pour le plus endurcis des Hommes, après avoir eu la peur de sa vie, de pleurer, alors que les nerfs lâchaient prise. C'était sans doute sa nature de Zampakuto, qui lui donnait cette objectivité totale, qui lui permettait parfois de dire l'indicible...
Cependant, elle ne sembla pas pleurer. Lors de sa libération, son visage s'était baissé, et ses longs cheveux maquaient dorénavant son visage.

Ah, ouais, quand les nerfs lâchent, il arrive que les humains s'endorment.
-D'où tu tiens cette histoire ?
-J'ai vécu bien plus que toi, et je dis ça en sachant que le temps ne passe pas vraiment, ici. Tu peux pas imaginer le nombre de Shinigamis qui rentrent dans la salle d'arme en pleurant parce qu'ils obtiennent le droit d'acquérir leur propre Sabre.
-C'est de la joie, imbécile !
-Que tu crois, gamin. Cette joie, elle vient d'où ? Du fait que t'as stressé un bon moment en te posant des questions sur toi-même, savoir si tu mérites ou non d'avoir un jour ton Epée à toi, et quand on te dis que le jour est venu, tes nerfs lâchent.
-Si tu le dis... Et pour s'endormir ?
-J'ai eu deux propriétaires, toi et l'autre décédé. Le soir, vous m'avez rangé soigneusement dans vos chambres, vous m'avez regardé deux minutes, et vous êtes tombé comme des pierres.
-La fatigue ?
-Il était quelle heure, quand tu t'es endormi, après cet épisode ?
-Bon, bon, d'accord. Je vois pas pourquoi je continue à débattre avec toi...
-Pour mon plaisir, face de gazon... Ah, tiens, elle dort pas non plus... Je peux te demander un truc ? Jette-moi un peu plus loin, vite.


Je ne compris pas exactement ce qu'il voulait dire, mais je m'exécutais, et le lançais sur un meuble mangé aux mites, sur ma droite, et concentrais mon attention sur Raya. Derrière ses cheveux noirs, elle semblait psalmodier une incantation, ce qui me fit instinctivement lever les mains, prêt à répliquer à toute attaque de Hadô par un autre Hadô. L'entraînement subit face au Capitaine Toshiro portait ses fruits. Mais il était impossible que la jeune fille puisse utiliser le Kidô. Mes mains restèrent levées, et je tendis l'oreille. Elle murmurait bel et bien quelque chose, bien que je ne susse quoi. Je me penchais légèrement en avant, et je compris enfin ce qu'elle répétait sans cesse comme une mélopée :


"Je vais te tuer, je vais te tuer, je vais te tuer, je vais te tuer, je vais..."

J'avalais ma salive de travers, et levais les mains plus haut... Hakkyou, ce lâche avait pu s'échapper. Et moi, j'étais bloqué, dos au mur, face à une furie en éveil. Je fis une grimace, me demandant si je devais l'immobiliser à nouveau... Mais même si je l'avais voulu, ç'aurait été trop tard. Plus vite que mes pires prédictions, elle se donna une impulsion et me sauta dessus, avant de me frapper avec hargne.
Ses coups ne me faisaient rien, mais j'étais trop secoué pour me défendre, et il n'était pas question de répliquer.


"Je vais te tuer, Kaa, misérable salaud !"

Le cris me fit revenir à moi, et je sentis mes deux mains voler et se refermer comme des serres sur ses poignets, ce qui arrêta net ses mouvements... Depuis quand avais-je une telle force ? Peu importait, j'étais sauvé, à présent, et je pris la parole, sur un ton mi-désolé, mi-surpris.

"Je suis désolé, je suis désolé, c'était une mauvaise idée, de te faire peur comme ça, j'le ferais plus.
-J'en ai rien à foutre, de ça ! Me voler un baiser, mais pour qui tu te prends ?"


Et le déclic se fit. Je regardais son visage, encadré par des cascades de cheveux noirs, qui me tombaient dessus. Elle souriait. Et malgré la pénombre, je pus avancer avec certitude qu'elle avait rougit.

Bien joué, mon grand, c'est la situation idéale. Amuse-toi, je vais fermer les yeux, aha !

Je pris aussi conscience de la situation. La proximité et la position dans laquelle nous nous trouvions. Je fis à nouveau une grimace qu'elle dut prendre pour du soulagement.


"Laisse-moi te dire que tu joues très mal la comédie. Pas une seconde je ne me suis crue en danger."

A moi de reprendre du poil de la bête.

"Tu mens. J'ai vu ton visage effrayé, c'était bien plus amusant que de te voler ce baiser."

Je fis une vulgaire imitation, et elle grogna qu'elle me haïssait.
Au fond, elle avait plutôt bien réagit. Tout était parfait. Nous nous reprîmes, et adoptâmes une position assise. Peu de temps avaient passé, mais j'avais maintenant l'impression de mieux la connaître. Un silence plein de paroles passa entre nous, et elle le rompit.


"Je peux te poser une question ?
-Bien sûr.
-Que ferais-tu, si je me faisais réellement enlever ?
-Bah euh... Je pense que je te sauverais. C'est pas vraiment ma Division qui s'occupe de ces affaires, mais si j'étais prévenu, je pourrais voler à ton secours. Pourquoi ?
-Mon père est plutôt riche, et je suis plutôt vulnérable. Quand je veux me balader seule, comme aujourd'hui, je le fais... Et tu vois bien ce qu'il peut arriver."


Je me sentis coupable, mais elle me dit que ce n'était rien. Nous passâmes la journée à discuter de nos vies respectives. De nos morts, aussi. Elle se souvenait de la sienne, elle, et trouva étrange que la mienne demeure un mystère. Je ne savais pas si elle pensait que je lui cachais quelque chose, mais elle ne pipa mot. Le soleil tomba, enfonçant la cabane isolée dans l'obscurité. Elle finit par se lever, brisant cette longue discussion qui m'avait parut si courte.

"Il faut que j'y aille. Mon père va s'inquiéter. Tu me ramènes ?
-Je peux rencontrer ton père ?
-Pas avec cette coiffure, non."


Je fis la grimace, et elle reprit en riant :

"Bien sûr, tu peux. On y va ?"

Le retour se fit dans le silence, alors qu'elle s'accrochait à moi pendant mes Shunpo successifs. Hakkyou, à ma ceinture, semblait beaucoup s'amuser des péripéties et de la future rencontre avec le père de Raya.





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Re: Allées et venues dans deux mondes inconnus... [PV][Terminé]

Message par Kaa le Mer 20 Mai - 13:02

La demeure des Whazu était légèrement éloignée de la Grande Rue. Légèrement, seulement. Juste assez pour m'inspirer un sentiment étrange de dissimulation. Avant d'arriver devant le grand portail, qui donnait sur les jardins, je n'avais su mettre le doigt dessus, mais j'avais finalement trouvé. Cet éloignement était à mes yeux tout stratégique. Le maître de maison avait placé sa demeure ici dans le but de fourvoyer les esprits. Une maison éloignée du centre d'attention pouvait inspirer une pensée inconsciente, celle que la famille était détachée des activités propres à leur rang. J'en étais certain, c'était l'intention qui se cachait derrière cette disposition. Une intention qui inspirait la confiance aux autres habitants du quartier riche, qui concluaient de cet éloignement qu'il n'y avait rien à craindre des affaires des Whazu, puisqu'ils étaient éloignés d'eux.
Cette prise de conscience suspicieuse me fit creuser plus loin dans le raisonnement, et pour ce faire, j'analysais chaque parcelle de cette demeure. De loin, les murs de pierre qui entouraient la maison étaient lézardés, et couverts de végétations grimpantes. C'était une apparence calme qui contrastait avec le soin que l'on apportait généralement à l'aspect extérieur d'une demeure aussi riche. De près, l'on constatait que cette apparence n'était pas due au hasard : les plantes grimpantes étaient taillées dans le détail pour donner cette apparence, et je e demandais si les lézardes étaient creusées par des artisans.
Toute la vérité du quartier riche m'apparut. En fait, il y avait deux types de richesses, dans ce lieu. La richesse acquise par héritage, et celle gagnée au fil des années. La première catégorie ne faisait que se complaire dans sa richesse, la montrant ostensiblement pour faire des envieux. Un comportement hypocrite et hautain qui n'inspirait qu'un respect intéressé. Cette pratique à mes yeux répugnante était sans réelle tactique. Une fois des relations établies, elles se brisaient avec le fortune de l'un ou de l'autre. Comme on admire un gladiateur dans les arènes de Rome, avant de l'oublier quand il a été mangé par les lions.
L'autre catégorie était la moins nombreuse, mais la plus dangereuse. La croissance des richesses se faisait au travers de stratégies parfois malsaines, qui formaient des caractères de tacticiens froids et calculateurs. Ce n'était pas une croissance, c'était une guerre. On s'appropriait des ressources en en prenant aux autres. Les moyens étaient très diversifiés : chantages, coups montés, pots-de-vins, ou plus sainement, commerces fluctuants, associations entre riches pour obtenir un monopole... Tout était soigneusement calculé, et les relations formées par ce genre de personnes étaient durables. Bien qu'ils ne soient pas alliés, ils ont en général besoin les uns des autres. Quand l'un est dans une mauvaise passe, l'autre l'aide, en se faisant promettre d'être remboursé, souvent en échange d'intérêts.
Cette politique était dans un sens plus sournoise encore que la première, mais j'étais bien plus attirée par elle à cause de sa similarité avec le Jeu. C'était une comparaison valable. On calculait tout soigneusement à l'avance, on jouait de grosses sommes, et les meilleurs étaient ceux qui savaient flairer le bon coup, ou ceux qui trichaient. Ceux qui ne sombraient pas étaient ceux disposés à faire des sacrifices pour limiter les dégâts plutôt que de plonger tête la première dans des erreurs.


"A quoi tu penses ?"

Je tournais la tête vers Raya, étonné. J'avais dû montrer un visage qui montrait l'intérêt que j'apportais à la Politique de son père. Je voulais savoir de quoi il en retournait.

"Je pensais que c'était simple, mais beau, comme maison.
-En fait, mon père n'est pas trop intéressé par les manoeuvres ridicules des autres détenteurs de richesses."


C'était bien ce que je pensais. Je reportais mon visage vers la demeure. Son père devait être un fin politicien. Devais-je jouer un jeu embusqué et lui faire penser que j'étais pris dans son piège d'influence de l'esprit ? Ca ne donnerait lieu qu'à une conversation détournée et peu franche. Non, il fallait que je sache réellement quel homme il était, en faisant des allusions à mes pensées. Implicitement... Jouer au Jeu Politique était si semblable au Jeu d'Argent que je me sentis revivre cette époque de cache-cash avec la mort. Je souris, ne laissant apparaître pour Raya qu'une joie de rencontre de son père, et nous poussâmes le portail, pour entrer dans les jardins.
La traversée des jardins fut pleine d'observations similaires aux précédentes qui me firent penser encore plus fort que le chef de la famille Whazu se devait d'être impressionnant. Nous arrivâmes à la porte, que Raya poussa, en criant :


"Papa, j'ai un invité !"

Cette annonce tapageuse me fit grimacer, mais après tout, cela ne nuisait à personne. Quelques secondes plus tard, un homme apparut dans l'entrée, grommelant dans son épaisse barbe blanche. C'était un petit homme qui portait une simple large veste grise. C'était le père de Raya, d'en étais persuadé, mais cette apparence me surprit. Je m'étais attendu à voir venir un homme aussi large qu'une armoire à glace, rasé de près, dont la poignée de main aurait suffit à me briser les phalanges. Mais mon regard étonné fut bientôt parcourut d'une lueur de compréhension, que je réprimais bien vite. A présent, chaque action, de l'un comme de l'autre, était passée au peigne fin, et même une lueur dans un regard pouvait crier dans la tête du maître de maison : "J'ai compris, cet homme est si chétif, ce qui colle parfaitement à son éloignement de la puissance. C'est une nouvelle feinte."
Je le saluais d'une inclinaison de la tête, un peu raide. Après tout, en temps que Shinigami, j'étais supérieur, de grade. Lui fit de même, gémissant pour me faire penser à une douleur qui l'empêchait de se rapprocher plus du sol, puis il parla :


"Un Dieu de la Mort dans ma maison ? Je vous dois de l'argent, monsieur ?
-Non, papa, c'est mon ami, celui dont je t'ai parlé, Kaa."


Des petites rides apparurent sur le coin des yeux du vieil homme.

"Ah, c'est donc vous dont Raya me rebat les oreilles depuis hier ? Entrez, entrez, j'espère qu'elle ne vous a pas traîné de force ici.
-Non, j'avais choisis de venir de moi-même, pour savoir qui était le père de la famille Whazou. Je suis venu pour vous voir et vous comprendre."


La guerre était commencée.





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